»T...»

—C'est signé d'un T... Qui peut ainsi écrire cela? demanda Henriot.

—T... Talleyrand, parbleu! oh! le double traître... Mais, colonel, vous plairait-il que nous allions faire un tour de promenade dans le jardin?... ce papier renferme des choses trop graves pour que nous n'échangions pas nos idées... Renée nous attendra un instant en regardant le spectacle...

—Je vous suis, dit Henriot, très impressionné.

Quand ils furent seuls sous les marronniers, Marcel dit avec un accent douloureux:

—Ainsi Malet conspire avec les royalistes!... le saviez-vous, colonel?

—Je ne savais rien des projets du général Malet... Je connaissais ses griefs contre les ministres qui le tenaient en prison, sa haine même contre l'Empereur auquel il reprochait le 18 brumaire, le couronnement, son pouvoir absolu... mais j'ignorais, je vous le jure, qu'il fût à la tête d'un complot tout organisé, tout prêt à éclater, comme cette lettre l'indique...

—Et un complot avec Talleyrand, avec Fouché, avec Clermont-Tonnerre, avec tous les suppôts du fanatisme, de l'intolérance, qui voudraient nous ramener, avec leur roi, le régime de la féodalité... Ah! c'est infâme!... Et moi qui pensais servir, en m'alliant à Malet, la cause sacrée de l'indépendance des nations et préparer l'avènement de la fédération des États européens!...

—Le général Malet ne soupçonne peut-être pas que les royalistes le prennent pour instrument...

—Il devrait s'en douter! De qui s'entoure-t-il? de Lafon, un abbé; de Boutreux, un échappé de séminaire; les Polignac sont ses amis; qui a-t-il mis au premier rang de sa commission provisoire? Alexis de Noailles, Montmorency, deux ducs, deux représentants incorrigibles de l'ancien régime... Cette lettre, tombée de la poche d'un convive, achève de dissiper mon illusion... J'avais fait un rêve... je m'éveille brusquement!... Je vous laisse libre, colonel, de continuer à suivre Malet; moi, je me sépare de lui...