—Mais je n'avais nullement l'intention de le seconder dans ses projets... je le lui ai déclaré à lui-même aujourd'hui...

—Ah! vraiment?... Alors ce soir... cette nuit... vous ne saviez rien?...

—Rien du tout... Le général ne m'a mis au courant que d'une chose... son projet de quitter, cette nuit probablement, la maison de santé où il est détenu...

—Il ne vous a pas dit ce qu'il comptait faire, une fois évadé?

—Non... je ne saurai que ce que vous voudrez bien m'apprendre, car vous paraissez être fort informé des desseins de Malet...

—Il vaut mieux pour vous, colonel, que vous gardiez votre ignorance... Vous ne tenez plus à servir les royalistes, à renouer en France l'odieux pouvoir royal?...

—Non... je ne veux même pas, en ce moment où il combat pour la France devant Moscou, entreprendre quoi que ce soit contre Napoléon...

—Ceci vous regarde, mais, croyez-moi, allons retrouver Renée qui doit s'impatienter en notre absence et ne nous mêlons en aucune façon des entreprises de Malet... Laissons-le, avec son moine, conspirer pour nous ramener les Bourbons... à la fois dupe et complice des Talleyrand et des Fouché... Venez, colonel, ni vous, ni moi ne devons être les jouets de ces fourbes aux mains desquels Malet n'est qu'un misérable pantin dont ils tiennent la ficelle... ils le font ainsi mouvoir dans l'ombre, mais, s'il échoue, ils l'étrangleront au grand jour!...

Et Marcel, indigné, contenant de son mieux son irritation, entraîna Henriot vers le café du Mont Saint-Bernard.

Une grande agitation emplissait l'établissement. On entendait des cris, le bruit d'une querelle. Les consommateurs, en partie debout, masquaient la petite scène, disposée au fond de la salle, et d'où partaient des cris et des jurons.