Marcel avait dit quelques mots à l'oreille de Renée qui s'était levée aussitôt.
—Excusez-nous, fit alors l'aide-major en tendant la main à Henriot. Il faut que nous partions... ce que je viens d'apprendre, ajouta-t-il à voix basse, me force à prévenir Malet qu'il n'ait plus à compter sur moi, en aucune façon...
—Vous pouvez également parler en mon nom... quoique je n'aie pas donné ma parole à Malet...
—Je dirai simplement que je vous ai vu. Il devinera... Oh! brûlez ce papier qui pourrait nous compromettre inutilement, s'il venait à s'égarer encore une fois!
—Comme vous êtes prudent!...
—C'est que j'ai beaucoup conspiré déjà, reprit en souriant Marcel, mais pour longtemps c'est fini... Renée vient d'apprendre que son père adoptif, La Brisée, l'ancien garde du comte de Surgères, était mort, lui laissant un joli petit bien dans la Mayenne... Elle devait se rendre seule à Laval pour recueillir l'héritage... Nous irons ensemble!... et, là-bas, en plantant nos choux et en cueillant nos pommes, nous attendrons que l'heure sonne de la délivrance des peuples et de la disparition des frontières... N'est-ce pas, ma Renée?...
—Oh! que je suis heureuse! s'écria celle qui, jadis, dans les armées de la République, s'était nommée le Joli Sergent.
Et elle embrassa Marcel, certaine de n'être point remarquée au milieu du tumulte qui allait croissant autour d'elle.
La querelle dégénérait en bataille. Les tabourets et les verres volaient à travers la salle. Les cris redoublaient et l'on entendait la dame du comptoir, éplorée, au milieu de ses petits tas de sucre, dire à ses garçons:
—Allez donc chercher la garde!