—Partons! Partons! dit vivement Marcel à sa compagne. Les choses peuvent se gâter, et je n'ai pas le droit à l'heure présente de me trouver fourré, malgré moi, dans une bagarre... j'ai le devoir d'avertir de mon abstention qui vous savez... Adieu, colonel Henriot!...

—Adieu!... Au revoir plutôt!... car on vous reverra un jour ou l'autre?...

—Je resterai à la campagne, perdu, oublié, paisible, mais non indifférent... jusqu'au jour où la République universelle m'appellera!... Allons!... viens, Renée!...

Et tous deux sortirent du café du Mont Saint-Bernard, où le tapage et le désordre avaient attiré au fond, vers la scène, tous les consommateurs.

Henriot s'était lui aussi rapproché, désireux de connaître la cause de cette rixe.

Il poussa tout à coup ce cri:

—Mais c'est La Violette!...

Il venait d'apercevoir entouré de gens le poussant, le tirant, cherchant à lui arracher un homme qu'il tenait serré à la gorge, en passe d'être étranglé, l'ancien tambour-major des grenadiers, son précepteur à l'armée de Rhin-et-Moselle, son sauveur, lorsqu'il était prisonnier à Dantzig, le factotum dévoué de la maréchale Lefebvre. Que faisait-il dans cette bagarre?

La Violette, en reconnaissant la voix d'Henriot, lâcha l'homme qu'il retenait, et fit un pas pour s'avancer vers son élève, qu'il n'avait pas vu depuis la journée du mariage interrompu au château de Combault.

Le prisonnier, dégagé, voulut se relever et s'enfuir.