Mais La Violette, de sa poigne solide, le saisit par un pan de sa souquenille.

C'était l'un des pitres de la farce qu'on venait de représenter, l'homme qui faisait l'Anglais si ridicule.

Il se trouvait dans un piteux état. L'un de ses favoris en filasse avait été arraché. L'autre pendait tout défrisé. Son chapeau cabossé avait roulé à terre, son gilet rouge était dégrafé. Dans sa lutte avec La Violette, sa perruque s'était décrochée. Il apparaissait, tremblant de peur, sous son fard.

Décoiffé, avec sa face rasée, il montra sa véritable physionomie.

Tous les assistants et Henriot lui-même ne purent s'empêcher d'être frappés par la ressemblance extraordinaire de ce queue-rouge avec Napoléon.

—Mais c'est l'Empereur!... cria-t-on autour de lui.

—Oui, ce coquin se permet encore de voler à notre Empereur son auguste visage! dit La Violette avec une indignation comique, et comme prenant à témoin le cercle des spectateurs qui avait paru blâmer sa violence et vouloir lui ôter des mains le pitre qu'il maltraitait. Si encore il n'avait volé que cela!...

—Moi pas voleur!... Moi artiste!... Moi, Samuel Walter, sujet britannique!... clamait le faux Napoléon cherchant à se dégager de l'étreinte de La Violette, et quêtant un appui parmi l'assistance.

—Tu es un voleur!... reprit avec force l'ex-tambour-major; imaginez-vous, mon colonel, fit-il en s'adressant à Henriot, comme s'il était le seul dans cette foule de pékins qui méritât une explication, que j'avais recueilli ce chimpanzé-là, une nuit, au château de Combault...

—Assis!... assis!... criaient les spectateurs éloignés, qui voulaient voir, tandis que les premiers rangs et l'auditoire improvisé, s'amusant fort à cet intermède non prévu au programme, se serraient, impatients d'entendre la suite.