Sans se laisser intimider par les cris, par les lazzis, La Violette continua:

—En faisant ma ronde je trouve donc ce particulier, qui rôdait dans le parc... il veut faire le méchant... je l'envoie d'un coup de pied je ne sais pas où..., mais ça avait porté!... je l'entends qui geint... je le ramasse... je ne lui en voulais pas autrement, je l'emmène... je le soigne... Bref! il se remet sur ses pattes. Savez-vous ce qu'il fait, le gredin, pour me payer mon hospitalité?... il décampe un beau jour en m'emportant des habits, un peu d'argent, et ma belle croix d'honneur que m'a donnée l'Empereur!... Il était parti sans me laisser son adresse. Heureusement l'un des cochers de la maréchale m'avait dit l'avoir aperçu de ces côtés-ci, au Palais-Royal... Alors, je me suis mis à battre tous les musicos du quartier... J'ai retrouvé mon gaillard ici... je n'ai pas pu m'empêcher de lui mettre le grappin dessus... et voilà toute l'histoire, mon colonel!...

L'auditoire riait de plus belle. Tout à coup un mouvement se produisit vers la porte.

On entendit un bruit de pas cadencés, puis un maniement d'armes.

Quatre hommes conduits par un caporal, qu'il avait été requérir au poste voisin, apparurent. Le caporal dit à Sam Walter:

—Suivez-nous!... et plus vite que cela!...

On l'escorta, tout frissonnant, entre les quatre gardes.

—Vous êtes le plaignant... venez avec nous au poste! fit le caporal se tournant vers La Violette.

Les quatre hommes, emmenant leur prise, s'éloignèrent. La Violette marchait derrière, expliquant son affaire au caporal.

Quand on fut dans le jardin, Henriot, qui de loin avait suivi la petite troupe, se rapprocha du caporal. Il se nomma: