—Le comte de Neipperg.

Henriot poussa un cri étouffé et porta la main à sa poitrine.

Neipperg!... son père! Comme un fantôme, la physionomie du fonctionnaire autrichien à Dantzig lui révélant sa naissance et l'engageant à quitter le drapeau de la France se dressait devant lui. Certes, il se sentait libre de tous devoirs envers M. de Neipperg qui ne l'avait ni élevé, ni aimé, et dont tout le séparait. Son vrai père, c'était le maréchal Lefebvre qui l'avait accueilli enfant, qui avait fait de lui un homme, un soldat, un Français; et sa famille, c'était la bonne Catherine Lefebvre, le brave La Violette, Alice enfin... Il n'avait rien à se reprocher à l'égard de M. de Neipperg, mais à l'évocation de son nom, la vision du diplomate lui ouvrant tout à coup ses bras, dans cette ville prussienne où il allait être fusillé, troublait douloureusement Henriot.

Il maîtrisa cependant son émotion et demanda à Sam quel rapport il pouvait y avoir entre M. de Neipperg et sa présence dans le château du maréchal Lefebvre.

Sam expliqua alors avec une sincérité visible le genre de services qu'exigeait de lui M. de Neipperg, utilisant sa ressemblance avec Napoléon pour satisfaire une haine singulière et une vengeance excentrique. Il narra le déguisement qu'il devait endosser pour que la ressemblance fût alors complète et les coups de pied ignominieux qu'il recevait comme sosie impérial.

—C'était frappant! dit La Violette à mi-voix.

—Arrive au fait, reprit Henriot, car je ne vois aucun lien entre les coups de pied, ce déguisement, et le château de Combault...

—Voici, Votre Honneur!... M. de Neipperg avait fait la connaissance d'un gentilhomme français... M. de Maubreuil...

—Lui! s'écria Henriot surpris. Tu connais M. de Maubreuil!...

—J'ai eu l'honneur d'être au service de M. le comte... c'est lui-même qui m'a envoyé au château...