Catherine rit de la méprise et de la façon dont elle avait été reconnue, puis elle dit à Henriot, en lui désignant Alice:

—Allez embrasser votre femme!

Henriot cependant se montrait inquiet. Les projets de Malet que la lettre du nommé Camagno dénonçait en partie lui troublaient sa joie. Que se passait-il à Paris? Malet s'était-il évadé? Pourquoi l'ex-major Marcel, en s'éclipsant brusquement du Palais-Royal, avait-il paru si accablé, si pressé d'avertir quelqu'un de sa cachette et de contremander quelque chose? Henriot, malgré tout son désir de rester auprès d'Alice, voulait se rendre à Paris.

La Violette lui offrit alors de faire le voyage. Il irait à l'État-Major et lui enverrait un exprès, s'il y avait du nouveau.

Le tambour-major, en approchant de l'Hôtel de Ville, fut surpris du mouvement des troupes qui s'exécutait.

Il chercha à s'informer. Parmi la foule il aperçut un inspecteur de police, nommé Pâques, qu'il avait connu au régiment. L'agent lui apprit les nouvelles, la mort de l'Empereur et l'installation du nouveau gouvernement, avec le général Malet pour commandant militaire.

Au nom de Malet, La Violette, mis au courant par Henriot des projets d'évasion du général, comprit aussitôt la fraude. Résolu à couvrir Henriot dont l'absence, à l'État-Major, en un pareil moment, pouvait par la suite être gravement interprétée, il demanda à son camarade de lui prêter sa carte d'inspecteur. Il la lui rapporterait dans la journée, après s'en être servi comme laissez-passer.

N'étant point de service, l'inspecteur consentit. Muni de la carte et sous le nom de Pâques, La Violette pénétra donc dans l'hôtel de l'État-Major et contribua, comme on l'a vu, à l'arrestation de Malet.

Quand, informé de sa participation à cette défense des institutions impériales, l'archichancelier Cambacérès voulut récompenser La Violette, celui-ci ne demanda qu'une chose: de l'avancement et une gratification pour l'inspecteur Pâques dont il avait pris la carte et l'emploi.

Le mariage d'Henriot et d'Alice fut célébré sans éclat dans la chapelle de Combault quelques jours après. La Violette était témoin, et le jour de la cérémonie, rentré en possession de sa croix volée, il remit à Samuel Walter les deux napoléons promis par Henriot, plus deux autres qu'il ajouta. Sam, enchanté, déclara à La Violette qu'entre eux c'était à la vie, la mort, qu'il pourrait peut-être un jour prouver sa reconnaissance,—et avec les quatre napoléons, le faux Empereur courut s'enivrer consciencieusement dans un des bouges du Palais-Royal.