—Justement, sir, il y a là un gentleman, que je suppose Français... il est accompagné de son domestique...

—Ah! fit Maubreuil désagréablement surpris, la police serait-elle si vite à mes trousses, et Rovigo m'a-t-il déjà expédié un de ses agents?... Bah! nous le verrons, ce limier, et s'il a le flair trop fin ou les crocs trop longs...

Un geste expressif compléta la pensée du peu scrupuleux aventurier.

—Peut-on le voir, ce Français? demanda-t-il à l'hôtesse.

—Il est là dans la salle voisine... il se chauffe, en attendant le souper... son domestique dort à l'écurie. Voulez-vous que je l'appelle?...

—Je vais parler au maître... je saurai bien m'annoncer moi-même! dit Maubreuil.

Et il poussa résolument la porte de la salle où se tenait, près de la cheminée, le voyageur, des papiers à la main.

Maubreuil se disait: «Ou j'ai affaire à un agent de Rovigo lancé sur mes talons, et alors il sait qui je suis; ou bien cet étranger est un hobereau royaliste venu, par ferveur et peut-être par calcul, offrir ses hommages au comte de Provence, par conséquent ne me connaissant pas... Alors, inutile de me cacher...»

Il s'avança donc délibérément et salua avec aisance le voyageur, un homme d'allure élégante, aux traits réguliers, paraissant la quarantaine, et lui dit:

—Vous êtes Français, monsieur, m'a appris notre hôtesse; moi aussi... Le hasard nous rassemblant si loin de notre pays, me ferez-vous la grâce de partager mon souper, qui semble s'être fait attendre pour que nous puissions nous attabler de compagnie. En faisant connaissance, nous prendrons plus aisément patience... Je me nomme le comte de Maubreuil...