Maubreuil, dont le voyage projeté avait modifié les plans, s'éloignait en songeant:

—Bonaparte doit vouloir posséder cette jolie fiancée!... Dubois, Corvisart, tous les médecins, à la suite des couches difficiles de Marie-Louise, lui ont ordonné un peu de modération; il est sans doute encore épris de sa femme, mais elle, qui ne l'aime guère, profite de l'ordonnance calmante... Privé de femmes en ce moment, n'osant à sa cour se donner de nouveau quelque lectrice, craignant de s'engager en une fâcheuse liaison avec une dame du palais, ne voulant pas, de peur d'une indiscrétion dans les gazettes qu'on lit à Vienne, commander à Constant de retourner flâner dans les théâtres et de lui amener, au petit entresol des Tuileries, la superbe Georges, la belle Bourgoing, l'opulente Grassini, ou quelque autre reine de la scène, Bonaparte se jettera avidement sur cette jeune chair tentante... Une fraîche épousée, cela ne l'arrêtera guère, au contraire! la robe nuptiale le séduira... le lieu est propice... dans un château, à la campagne, au milieu du relâchement d'une noce joyeuse, un souverain est plus libre, moins surveillé...

Maubreuil s'arrêta. Sa physionomie s'éclaira d'un reflet mauvais, et il continua:

—Dans ce domaine vaste, mal gardé, courant le guilledou, la nuit, Bonaparte cherchant la volupté peut trouver la mort... Oh! oui!... j'irai à Combault et j'emmènerai avec moi Samuel Barker... son masque de sosie peut servir!...

[V]
LE MARIAGE D'HENRIOT

Dans le grand salon du château de Combault, le contrat de mariage d'Henriot et d'Alice fut signé.

L'Empereur, comme il l'avait promis, y assista, accompagné de Duroc et de quelques autres officiers de sa cour.

Alice, ravissante dans son costume blanc, rayonnait de bonheur.

Henriot, bien heureux aussi, ne quittait des yeux sa jeune épousée que pour adresser des regards chargés de reconnaissance au maréchal Lefebvre et à la duchesse de Dantzig, dont les physionomies franches et bonnes témoignaient de la vive satisfaction qu'ils éprouvaient, en voyant enfin unis les deux enfants qui avaient grandi côte à côte, et dont le sommeil avait été bercé par le bruit du canon. La joie du marié était encore accrue par le brevet de colonel d'un régiment de chasseurs, que l'Empereur venait de lui faire tenir, comme cadeau de noces.

Après la cérémonie, Lefebvre et la maréchale emmenèrent les jeunes fiancés et quelques invités de choix dans le parc du château de Combault.