—Vraiment?... Le colonel Henriot avait pour mission de rapporter du ministère de la Guerre un portefeuille dont j'ai besoin de consulter le contenu avant d'expédier un courrier à M. de Pradt, à Varsovie... Eh bien! ce portefeuille, Henriot restant ici n'aura pas à me l'apporter... comme Mahomet à la montagne, je vais aller au portefeuille... Avez-vous compris, cette fois? Je pars... je ne reverrai plus cette redoutable et charmante épousée en présence de laquelle je ne répondrais pas que tinssent les bonnes résolutions que vous me faites prendre, duchesse!... C'est donc entendu!... Mon départ, justifié par d'importantes nouvelles reçues dans la nuit, ne saurait surprendre personne... il n'inspirera aucune fâcheuse réflexion sur votre excellente hospitalité, ma chère maréchale, ni sur mes sentiments à l'égard de votre mari... Ma présence toute la journée aux fêtes, aux réjouissances que vous avez si bien su organiser tous deux, fera passer sur mon absence demain; je devais d'ailleurs me mettre en route après une rapide apparition à la chapelle... Vos jeunes gens se marieront peut-être plus joyeusement sans moi... Allez donc, rassurée et heureuse! ne craignez rien sur le bonheur de votre enfant adoptif... et pour que vous n'ayez plus cette nuit aucune inquiétude, aucune arrière-pensée, allez me chercher le colonel Henriot... je veux lui retirer moi-même sa mission et, afin qu'il ignore tout et ne prenne pas ce contre-ordre pour une disgrâce, je désire en personne lui renouveler mes bons souhaits!...

Catherine regardait avec ahurissement l'Empereur, ne pouvant encore s'imaginer avoir si complètement gagné son cœur.

L'Empereur jouissait de sa surprise et de sa joie.

—Eh bien! ma bonne Sans-Gêne, dit-il alors, est-ce que vous êtes contente de moi?...

—Ah! Sire!... Ah! mon Empereur, si je ne me retenais pas...

—Que feriez-vous donc?

—Sire, je vous sauterais au cou et je vous embrasserais!...

—Bah!... Nous sommes seuls... personne ne saurait trouver à redire et Lefebvre ne sera pas jaloux... Puisque le cœur vous en dit, ne vous gênez pas, duchesse!

Et Napoléon, dans un de ces accès de bonne et familière humeur qui lui survenaient assez fréquemment, tendit ses bras à Catherine qui s'y précipita...

—Maintenant, duchesse, dit-il en se dégageant et en lui pinçant le lobe de l'oreille, allez vite chercher le colonel Henriot et envoyez-moi Duroc...