—Tu as beau t'exprimer comme un nègre, mon vieux goddam... sois tranquille! je ne te trahirai pas!... Ah! mon gaillard, tu venais faire tes farces au château... tu as ravagé le cœur d'une des femmes de chambre de madame la maréchale, je parie! Serait-ce la grosse Augustine... ou la petite Mélanie?...

Sam multipliait les gestes de dénégation et replaçait son doigt barrant les lèvres en répétant:

—Rien dire... Mari!... Pas parler!...

—Dors, repose-toi, refais-toi du sang! continua La Violette avec bonhomie, je t'ai dit que tu n'avais rien à craindre... Garde ton secret et guéris ta bobine, car tu ne ferais pas de conquêtes en ce moment, mon bon goddam!... tu es blessé, tu as posé les armes, tu es un vrai frère, pour moi!... tu peux rester ici tant que tu voudras... Tant que ta binette sera comme une poire tapée... on te soignera bien... Quoique vous autres, Englische, vous soyez féroces, à ce qu'on dit, pour les camarades qui moisissent là-bas sur vos pontons!...

Samuel Barker fit un signe désespéré pour témoigner qu'il était profondément innocent de ce qui se passait sur les atroces bagnes insulaires.

La Violette le rassura encore une fois, et, boutonnant sa redingote d'uniforme à brandebourgs, sortit pour reprendre et achever sa ronde interrompue, avant de se mettre au lit.

Tandis que Samuel Barker, surpris par l'attaque d'Henriot, détalait, puis, ayant immergé le costume impérial dans la pièce d'eau, au moment d'enjamber le mur du parc, recevait de La Violette, en réponse à ses coups de poing de boxeur, ce solide coup de chausson en pleine figure, qui pour longtemps devait changer sa physionomie et lui enlever son caractère napoléonien, voici ce qui se passait au carrefour de la route de la Queue-en-Brie et des chemins d'Emerainville et de Combault:

Un homme, nu-tête, essoufflé, comme au terme d'une longue course, les vêtements en désordre, gesticulant et proférant des paroles entrecoupées de sanglots, semblable à un aliéné qui se serait échappé d'un asile, s'arrêtait auprès de la borne indiquant les distances et les directions. Là semblait se trouver le but de sa marche désordonnée dans la nuit. Alors, dégrafant avec violence l'uniforme militaire qu'il portait, il écartait sa chemise d'une main convulsive, puis tirait le sabre qui lui battait les jambes...

Ensuite, empoignant l'arme par la lame, il enfonça la poignée dans le sol, et ramenant le buste en arrière, comme pour prendre de l'élan, sans lâcher la lame maintenue penchée, il s'apprêta à se précipiter sur la pointe, poitrine en avant...

Tout à coup le sabre tomba...