En même temps un bras, s'interposant, força l'homme qui allait ainsi se donner la mort à reculer.
—Qui êtes-vous, demanda-t-il furieux, pour vous permettre d'arrêter mon bras?
—Qui je suis?... un ami! répondit une voix bien timbrée.
—Vous ne le prouvez guère en ce moment... Qui que vous soyez, passez votre chemin!... laissez-moi accomplir ce que j'ai résolu...
—Colonel Henriot, ne faites pas cette folie.
—Vous me connaissez? demanda le malheureux fiancé d'Alice, car c'était lui, qui, apercevant celui qu'il avait pris, trompé par le costume et par les traits du visage, pour l'Empereur sortant de la chambre de la jeune fille, s'était enfui, comme un fou, à travers la campagne.
—Je vous connais et je viens vous empêcher de mourir...
—Que faites-vous? de quel droit voulez-vous empêcher un malheureux d'achever une existence désormais misérable et sans but?... Vous ne savez pas quelle fatalité ni quel affreux désespoir me poussent à la mort?...
—Peut-être suis-je plus instruit que vous ne le supposez sur des motifs qui vous entraînent à commettre une irrémédiable sottise, reprit la voix. Je suis, colonel Henriot, un ami inconnu... je me nomme le comte de Maubreuil... j'ai l'honneur de connaître quelque peu la duchesse de Dantzig, et c'est elle qui m'a mis sur votre trace... Je l'ai quittée, il y a une heure à peine...
—La duchesse ne peut apprécier ma conduite... j'ai été indignement trahi... la vie m'est insupportable... Si vous avez quelque humanité, ne retardez pas plus longuement l'heure de la délivrance et de l'oubli qui va sonner pour moi... Merci, comte de Maubreuil, de votre généreuse intervention, mais vous ne pouvez rien pour moi... continuez votre route et permettez-moi de m'affranchir de ma souffrance!...