DE GUICHE (hors de lui):
Monsieur !. . .
CYRANO (au moment où il va passer, tend sa jambe comme pour y montrer quelque chose et l'arrête):
Dans mon mollet je rapporte une dent
De la Grande Ourse,—et comme, en frôlant le Trident,
Je voulais éviter une de ses trois lances,
Je suis allé tomber assis dans les Balances,—
Dont l'aiguille, à présent, là-haut, marque mon poids !
(Empêchant vivement de Guiche de passer et le prenant à un bouton du pourpoint):
Si vous serriez mon nez, Monsieur, entre vos doigts,
Il jaillirait du lait !
DE GUICHE:
Hein ? du lait ?. . .
CYRANO:
De la Voie
Lactée !. . .
DE GUICHE:
Oh ! Par l'enfer !
CYRANO:
C'est le ciel qui m'envoie !
(Se croisant les bras):
Non ! croiriez-vous, je viens de le voir en tombant,
Que Sirius, la nuit, s'affuble d'un turban ?
(Confidentiel):
L'autre Ourse est trop petite encor pour qu'elle morde !
(Riant):
J'ai traversé la Lyre en cassant une corde !
(Superbe):
Mais je compte en un livre écrire tout ceci,
Et les étoiles d'or qu'en mon manteau roussi
Je viens de rapporter à mes périls et risques,
Quand on l'imprimera, serviront d'astérisques !
DE GUICHE:
A la parfin, je veux. . .
CYRANO:
Vous, je vous vois venir !
DE GUICHE:
Monsieur !
CYRANO:
Vous voudriez de ma bouche tenir
Comment la lune est faite, et si quelqu'un habite
Dans la rotondité de cette cucurbite ?