LE BRET:
C'est un peu rude,
Pour porter une lettre, à chaque jour levant,
De risquer !
CYRANO (s'arrêtant devant Christian):
J'ai promis qu'il écrirait souvent !
(Il le regarde):
Il dort. Il est pâli. Si la pauvre petite
Savait qu'il meurt de faim. . .Mais toujours beau !
LE BRET:
Va vite
Dormir !
CYRANO:
Ne grogne pas, Le Bret !. . .Sache ceci:
Pour traverser les rangs espagnols, j'ai choisi
Un endroit où je sais, chaque nuit, qu'ils sont ivres.
LE BRET:
Tu devrais bien un jour nous rapporter des vivres.
CYRANO:
Il faut être léger pour passer !—Mais je sais
Qu'il y aura ce soir du nouveau. Les Français
Mangeront ou mourront,—si j'ai bien vu. . .
LE BRET:
Raconte !
CYRANO:
Non. Je ne suis pas sûr. . .vous verrez !
CARBON:
Quelle honte,
Lorsqu'on est assiégeant, d'être affamé !
LE BRET:
Hélas !
Rien de plus compliqué que ce siège d'Arras:
Nous assiégeons Arras,—nous-mêmes, pris au piège,
Le cardinal infant d'Espagne nous assiège. . .