CYRANO:
Lundi. . .rien. Lygdamire a changé d'amant.

ROXANE:
Oh !

CYRANO (dont le visage s'altère de plus en plus):
Mardi, toute la cour est à Fontainebleau.
Mercredi, la Montglat dit au comte de Fiesque:
Non ! Jeudi: Mancini, Reine de France,—ou presque !
Le vingt-cinq, la Monglat à de Fiesque dit: Oui;
Et samedi, vingt-six. . .
(Il ferme les yeux. Sa tête tombe. Silence.)

ROXANE (surprise de ne plus rien entendre, se retourne, le regarde, et se levant effrayée):
Il est évanoui ?
(Elle court vers lui en criant):
Cyrano !

CYRANO (rouvrant les yeux, d'une voix vague):
Qu'est-ce ?. . .Quoi ?. . .
(Il voit Roxane penchée sur lui et, vivement, assurant son chapeau sur sa tête et reculant avec effroi dans son fauteuil):
Non ! non ! je vous assure,
Ce n'est rien ! Laissez-moi !

ROXANE:
Pourtant. . .

CYRANO:
C'est ma blessure
D'Arras. . .qui. . .quelquefois. . .vous savez. . .

ROXANE:
Pauvre ami !

CYRANO:
Mais ce n'est rien. Cela va finir.
(Il sourit avec effort):
C'est fini.

ROXANE (debout près de lui):
Chacun de nous a sa blessure: j'ai la mienne.
Toujours vive, elle est là, cette blessure ancienne,
(Elle met la main sur sa poitrine):
Elle est là, sous la lettre au papier jaunissant
Où l'on peut voir encor des larmes et du sang !
(Le crépuscule commence à venir.)