CYRANO:
Les feuilles !

ROXANE (levant la tête, et regardant au loin, dans les allées):
Elles sont d'un blond vénitien.
Regardez-les tomber.

CYRANO:
Comme elles tombent bien !
Dans ce trajet si court de la branche à la terre,
Comme elles savent mettre une beauté dernière,
Et malgré leur terreur de pourrir sur le sol,
Veulent que cette chute ait la grâce d'un vol !

ROXANE:
Mélancolique, vous ?

CYRANO (se reprenant):
Mais pas du tout, Roxane !

ROXANE:
Allons, laissez tomber les feuilles de platane. . .
Et racontez un peu ce qu'il y a de neuf.
Ma gazette ?

CYRANO:
Voici !

ROXANE:
Ah !

CYRANO (de plus en plus pâle, et luttant contre la douleur):
Samedi, dix-neuf:
Ayant mangé huit fois du raisiné de Cette,
Le Roi fut pris de fièvre; à deux coups de lancette
Son mal fut condamné pour lèse-majesté,
Et cet auguste pouls n'a plus fébricité !
Au grand bal, chez la reine, on a brûlé, dimanche,
Sept cent soixante-trois flambeaux de cire blanche;
Nos troupes ont battu, dit-on, Jean l'Autrichien;
On a pendu quatre sorciers; le petit chien
De madame d'Athis a dû prendre un clystère. . .

ROXANE:
Monsieur de Bergerac, voulez-vous bien vous taire !