RAGUENEAU:
Oui, Monsieur, le fameux: "Que Diable allait-il faire ?. . ."
LE BRET (furieux):
Molière te l'a pris !
CYRANO:
Chut ! chut ! Il a bien fait !. . .
(A Ragueneau):
La scène, n'est-ce pas, produit beaucoup d'effet ?
RAGUENEAU (sanglotant):
Ah ! Monsieur, on riait ! on riait !
CYRANO:
Oui, ma vie
Ce fut d'être celui qui souffle—et qu'on oublie !
(A Roxane):
Vous souvient-il du soir où Christian vous parla
Sous le balcon ? Eh bien ! toute ma vie est là:
Pendant que je restais en bas, dans l'ombre noire,
D'autres montaient cueillir le baiser de la gloire !
C'est justice, et j'approuve au seuil de mon tombeau:
Molière a du génie et Christian était beau !
(A ce moment, la cloche de la chapelle ayant tinté, on voit passer au fond, dans l'allée, les religieuses se rendant à l'office):
Qu'elles aillent prier puisque leur cloche sonne !
ROXANE (se relevant pour appeler):
Ma sœur ! ma sœur !
CYRANO (la retenant):
Non ! non ! n'allez chercher personne:
Quand vous reviendriez, je ne serais plus là.
(Les religieuses sont entrées dans la chapelle, on entend l'orgue):
Il me manquait un peu d'harmonie. . .en voilà.
ROXANE:
Je vous aime, vivez !
CYRANO:
Non ! car c'est dans le conte
Que lorsqu'on dit: Je t'aime ! au prince plein de honte,
Il sent sa laideur fondre à ces mots de soleil. . .
Mais tu t'apercevrais que je reste pareil.
ROXANE:
J'ai fait votre malheur ! moi ! moi !