QUATRIÈME POÈTE (regardant une brioche qu'il a prise):
Cette brioche a mis son bonnet de travers.
(Il la décoiffe d'un coup de dent.)
PREMIER POÈTE:
Ce pain d'épice suit le rimeur famélique,
De ses yeux en amande aux sourcils d'angélique !
(Il happe le morceau de pain d'épice.)
DEUXIÈME POÈTE:
Nous écoutons.
TROISIÈME POÈTE (serrant légèrement un chou entre ses doigts):
Ce chou bave sa crème. Il rit.
DEUXIÈME POÈTE (mordant à même la grande lyre de pâtisserie):
Pour la première fois la Lyre me nourrit !
RAGUENEAU (qui s'est préparé à réciter, qui a toussé, assuré son bonnet, pris une pose):
Une recette en vers. . .
DEUXIÈME POÈTE (au premier, lui donnant un coup de coude):
Tu déjeunes ?
PREMIER POÈTE (au deuxième):
Tu dînes !
RAGUENEAU:
Comment on fait les tartelettes amandines.
Battez, pour qu'ils soient mousseux,
Quelques œufs;
Incorporez à leur mousse
Un jus de cédrat choisi;
Versez-y
Un bon lait d'amande douce;
Mettez de la pâte à flan
Dans le flanc
De moules à tartelette;
D'un doigt preste, abricotez
Les côtés;
Versez goutte à gouttelette
Votre mousse en ces puits, puis
Que ces puits
Passent au four, et, blondines,
Sortant en gais troupelets,
Ce sont les
Tartelettes amandines !
LES POÈTES (la bouche pleine):
Exquis ! Délicieux !