UN POÈTE (s'étouffant):
Homph !
(Ils remontent vers le fond, en mangeant.)
CYRANO (qui a observé s'avance vers Ragueneau):
Bercés par ta voix,
Ne vois-tu pas comme ils s'empiffrent ?
RAGUENEAU (plus bas, avec un sourire):
Je le vois. . .
Sans regarder, de peur que cela ne les trouble;
Et dire ainsi mes vers me donne un plaisir double,
Puisque je satisfais un doux faible que j'ai
Tout en laissant manger ceux qui n'ont pas mangé !
CYRANO (lui frappant sur l'épaule):
Toi, tu me plais !. . .
(Ragueneau va rejoindre ses amis. Cyrano le suit des yeux, puis, un peu brusquement):
Hé là, Lise ?
(Lise, en conversation tendre avec le mousquetaire, tressaille et descend vers Cyrano):
Ce capitaine. . .
Vous assiège ?
LISE (offensée):
Oh ! mes yeux, d'une œillade hautaine,
Savent vaincre quiconque attaque mes vertus.
CYRANO:
Euh ! pour des yeux vainqueurs, je les trouve battus.
LISE (suffoquée):
Mais. . .
CYRANO (nettement):
Ragueneau me plaît. C'est pourquoi, dame Lise,
Je défends que quelqu'un le ridicoculise.
LISE:
Mais. . .
CYRANO (qui a élevé la voix assez pour être entendu du galant):
A bon entendeur. . .
(Il salue le mousquetaire, et va se mettre en observation, à la porte du fond, après avoir regardé l'horloge.)