Les deux Vénitiens l'embrassent comme leur beau-frère et lui remettent leurs présents. Après eux viennent les deux belle-sœurs du doge, apportant deux chemises du plus fin lin toutes tissues d'or; elles demandent où est le fiancé.

Tous montrent du doigt Djouro.

Satisfaits de la ruse, Ivo et les Tsernogorstes reprirent ensuite le chemin du pays.

Il paraît qu'arrivé au Tsernogore, Djouro remit à Stanicha la fille du doge; mais il voulut garder les présents. Une autre piesma raconte la fin de cette histoire, nous la citons car rien ne saurait mieux donner une idée des mœurs actuelles de cet étrange pays qui n'a rien encore perdu de sa couleur primitive.

«La fille du doge pousse son mari à en finir avec Djouro.

«Je ne puis, crie-t-elle à Stanicha en pleurant de dépit, je ne puis céder cette merveilleuse tunique d'or tissue de mes mains, sous laquelle je rêvais de caresser mon époux, et qui m'a presque coûté les deux yeux à force d'y travailler nuit et jour pendant trois années.

«Dussent mille tronçons de lances devenir ton cercueil, mon Stanicha, il faut que tu combattes pour la recouvrer, ou si tu ne l'oses pas, je retourne la bride de mon coursier, et je le pousse jusqu'au rivage de la mer.

«Là je cueillerai une feuille d'aloès avec ses épines, je déchirerai mon visage, et tirant du sang de mes joues, avec ce sang j'écrirai une lettre que mon faucon portera rapidement à la grande Venise, d'où mes fidèles Latins s'élanceront pour me venger.

«A ces mots de la fille de Venise, Slanicha ne se possède plus; de son fouet à triple lanière, il frappe son coursier noir, et ayant atteint Djouro, le Tsernogorste le frappe d'un javelot au milieu du front.

«Le beau vaïvode tombe mort au pied de la montagne.