«Glacés d'horreur, tous les svati (compagnons des chefs) s'entre-regardèrent quelque temps; à la fin leur sang commença à bouillonner, et ils se donnèrent des gages, des gages terribles qui n'étaient plus ceux de l'amitié, mais ceux de la fureur et de la mort.
«Tout le jour, les chefs de tribus combattirent les uns contre les autres, jusqu'à ce que leurs munitions fussent épuisées, et que la nuit fût venue joindre ses ténèbres aux horreurs du champ de bataille.
«Les rares survivants marchent jusqu'au genou dans les flots du sang des morts.
«Voyez avec quelle peine un vieillard s'avance. Ce guerrier méconnaissable, c'est Ivo le Noir; dans sa douleur sans remède, il invoque le Seigneur.
«Envoie-moi un vent de la montagne, et dissipe cet horrible brouillard, pour que je voie qui des miens a survécu.»
«Dieu touché de cette prière, envoya un coup de vent qui balaya l'air, et Ivo put voir au loin toute la plaine couverte de chevaux et de cavaliers hachés en pièces.
«D'un tas de morts à l'autre, le vieillard cherchait son fils.
«Un des neveux d'Ivo qui gisait expirant, Joane, le voit passer, il rassemble ses forces, se soulève sur le coude, et s'écrie:
«Holà, oncle Ivo, tu passes bien fièrement, sans demander à ton neveu, si elles sont profondes les blessures qu'il a reçues pour toi? Qui te rend à ce point dédaigneux? Sont-ce les présents de la belle Latine?»
«Ivo à ces mots se retourne et, fondant en larmes, demande au Tsernogorste Joane, comment son fils Stanicha a péri.