Son neveu, qu'il avait choisi pour successeur, fut salué du titre de vladika par tous les chefs réunis sur la colline d'Ivo le Noir; il prit le nom de Pierre II, et partit en 1833 pour recevoir à Saint-Pétersbourg la consécration épiscopale. Il n'était que diacre quand son oncle mourut. Pendant ces trois années, il défendit son pays contre de nouvelles entreprises des Turcs. La nécessité où se trouvait le sultan de réprimer la révolte du vice-roi d'Égypte, le força de rappeler son vizir du Monténégro, et de diriger son armée sur la Syrie.
Le pouvoir, longtemps partagé entre le gouvernement civil et l'évêque, avait fini par appartenir complètement à ce dernier. Un parti se forma pour reconstituer l'État sur ses anciennes bases, et ressusciter la charge de gouverneur. Ce parti fut battu, et Pierre II, libre pour le moment de toute complication intérieure et extérieure, put mettre la dernière main à l'œuvre de la réforme du pays entreprise par son oncle Pierre Ier.
Pierre II exerça jusqu'en 1838, une dictature pacifique sur ses concitoyens époque à laquelle le législateur dut faire place au guerrier.
XIII.
Le Monténégro, environné presque de tous côtés par la mer, qu'il voit, qu'il touche pour ainsi dire, ne peut se frayer un libre passage jusqu'à ses rivages. Le congrès de Vienne a cru devoir fermer de ce côté toute issue vers la mer. Le Monténégro n'a point de port, ce qui rend les montagnards tributaires de l'Autriche pour un grand nombre d'objets de consommation et surtout pour le sel.
La possession de Kataro est toujours l'idée fixe, l'espoir permanent des Monténégrins. C'est là qu'il faut chercher la véritable cause de la levée de boucliers de 1838, et non point dans la question de délimitation de territoire qui lui servit de prétexte.
De nombreux combats eurent lieu entre les impériaux et les Tsernogorstes, sans amener de grands résultats. Pour en finir, l'Autriche et le Monténégro résolurent de s'en rapporter à l'arbitrage de la Russie; la paix fut signée grâce à la médiation de cette puissance; mais les Monténégrins avaient manqué le but pour lequel ils avaient pris les armes, ils ne possédaient pas de station maritime; la paix fut donc, dans la montagne Noire, le sujet des plaintes passionnées, des regrets patriotiques d'une foule de guerriers.