XIV.

Le capitaine du génie: Kovalevski résidait alors dans le Monténégro en qualité d'agent russe. Slave de cœur et de naissance, cet officier rêvait de faire du Tsernogore, devenu pour lui comme une seconde patrie, une espèce de rendez-vous commun d'où tous les patriotes slaves s'élanceraient un jour pour conquérir l'Europe.

L'Autriche s'effraya des menées de cet illuminé slave et s'en plaignit à la Russie qui, sachant s'assouplir aux circonstances, désavoua son agent, et lui ordonna de se rendre à Vienne pour offrir des explications et des excuses au cabinet de Schœnbrunn.

Kovalewski revint au Monténégro; il avait fini par se considérer comme un des enfants de cette terre guerrière, et c'est lui qui dressait les plans de campagne des montagnards contre l'Hertsegovine et l'Albanie, musulmane. Une guerre sans merci ni trêve a lieu contre ces peuples. On en pourra juger par le fragment suivant:

«Le bey Hassan est en campagne avec quarante compagnons, il franchit la frontière, mais voilà qu'il passe auprès d'un rocher sur lequel Marco était posté avec trois braves.

«Marco ajuste le bey Hassan qui tombe sans mouvement sur l'herbe.

«Jetez vos armes, et mettez vos mains derrière le dos où vous êtes tous morts!» crie aux Turcs consternés le terrible Marco.

«Les Turcs obéissent, et descendant de son embuscade, Marco les lie tous, prend la carabine du bey Hassan, et pousse devant lui, comme du bétail, ses quarante prisonniers jusqu'au village de Tsernitsa.

«Là, dédaignant une énorme rançon que ses captifs lui promettent, il les décapite tous dans la cour du tribunal de sa tribu, et orne de leurs têtes la koula du Secdar.