«Que Dieu donne à Marco bonheur et santé!»
Le poète populaire prend peut-être un peu trop facilement son parti de ce massacre. Une telle manière de faire la guerre n'aurait point la sympathie des nations civilisées. Heureusement de grands changements s'opèrent de jour en jour dans les mœurs militaires et civiles des Monténégrins; ces changements sont dus à l'influence salutaire du vladika Pierre II, homme distingué par son intelligence et par son éducation, auteur d'un volume de vers intitulé l'Ermite de Tsetinié, politique habile, administrateur résolu dont les efforts persévérants ont singulièrement rapproché le Monténégro des autres pays de l'Europe au point de vue de la civilisation.
Pierre II est parvenu à détruire ces vendette qui constituaient, sous le nom de kroine, une sorte de droit à la vengeance, et les enlèvements des jeunes filles otmitsa, dont l'usage, emprunté aux époques de barbarie, s'était perpétué jusqu'à nos jours.
Le gouvernement, depuis Pierre II, se compose d'un soviet (sénat), dont les membres sont élus par le peuple, mais qui ne peuvent siéger que lorsque leur élection a été confirmée par le vladika. Les sovietniks (sénateurs) sont logés et nourris aux frais de l'État. Ils reçoivent en outre un traitement annuel de 200 fr. par tête.
Les actes du gouvernement doivent être soumis à la délibération du soviet, et publiés ensuite selon la formule romaine: AU NOM DU SÉNAT ET DU PEUPLE TSERNOGORSTE.
Telle était la situation du Monténégro lorsque Danilo Petrovitj, à la mort de Pierre II, ceignit la toge de vladika.
XV.
Le 17 mai 1850 au matin, les quatre canons qui défendent l'approche du monastère où réside le souverain du pays, saluèrent de 121 coups la sortie de la grande procession en tête de laquelle marchait le nouveau vladika vêtu des habits pontificaux, portant en baudrier un magnifique damas couvert de pierres précieuses.