Les quatre canons qui saluaient l'avènement de Danilo ont été pris aux Turcs. Le Tsernogorste aime à entendre leurs détonations, que l'écho de la montagne Noire répercute de vallée en vallée. Les Monténégrins mêlaient des cris de joie au fracas de l'artillerie.

Entouré de trente perianitj (guerriers ornés de plumet) qui lui servent de garde et qui appartiennent aux plus illustres familles de la montagne, le vladika sort de l'église, placée à côté de la poudrière et se dirige du côté de la Riznitsa. C'est ce qu'on pourrait appeler la salle du trône et le garde-meuble de la couronne; c'est là qu'on conserve les armes des vieux héros tsernogorstes, les trophées enlevés aux pachas turcs.

Dans cette résidence, moitié militaire, moitié sacerdotale, on voit côte à côte un clocher, une imprimerie, une poudrière. Les ouvriers de l'imprimerie font pleuvoir sur la foule des bulletins de la cérémonie qui va avoir lieu.

Maintenant, de cette longue maison bâtie en pierre mais recouverte de chaume, voyez sortir cette file de guerriers à l'aspect grave et majestueux. Ce sont les sovietniks qui se rendent à la Riznitsa où ils feront cortège au vladika.

Tous les moines et popes du Monténégro sont convoqués pour la cérémonie de l'investiture. C'est au bruit de leurs cantiques qu'elle s'accomplit. Le plus âgé des caloyers met ordinairement la toque sur la tête du vladika. Un mois après son intronisation au Monténégro, il est d'usage maintenant que l'évêque du Monténégro se rende à Saint-Pétersbourg pour y solliciter du patriarche une espèce de consécration et de confirmation de son autorité spirituelle.


XVI.

C'est en 1850 que Danilo a remplacé, comme vladika, son oncle Pierre II.

Le nouveau prince du Monténégro a trouvé le gouvernement dans une de ces crises qu'amènent toujours les grandes réformes. Pierre II s'était donné la tâche d'introduire la civilisation européenne dans son pays, il avait voulu en faire un État soumis à des lois régulières, payant à des époques fixes un impôt réglé d'avance, rentrant, pour les questions de paix ou de guerre, dans les conditions des gouvernements ordinaires. Cette grande entreprise était presque à moitié terminée lorsque Pierre II mourut.