Dans quelle mesure devait-il suivre les errements de son oncle? Telle est la première question que le nouveau vladika dut se poser.

Il ne faut pas perdre de vue que le Monténégro, ainsi que nous l'avons dit en commençant, est un pays de proscrits, d'ouskoks; il puise une partie de sa force dans cette vieille franchise, dont il est en possession, de donner asile à tous ceux qui souffrent et qui sont persécutés par les gouvernements limitrophes.

Ce petit peuple, animé par la foi religieuse, toujours debout contre les Turcs, faisant subir aux armées musulmanes les plus humiliants revers, vaincu lui-même souvent, mais jamais écrasé, présente un spectacle héroïque et vraiment digne de l'histoire.

Supprimez les ressorts de liberté et de religion qui font mouvoir le caractère national, aussitôt le Monténégrin perd sa physionomie particulière, il ne sait plus où puiser la force qui doit le faire vivre, il est fini comme homme et comme peuple.

D'un autre côté, en ne faisant aucune concession à l'esprit moderne, en restant dans la barbarie primitive, il s'attire l'inimitié irréconciliable de sa puissante voisine l'Autriche, il se trouve obligé de soutenir contre elle une lutte dans laquelle il doit succomber tôt ou tard.

C'est donc entre ces deux écueils que le gouvernement du Monténégro doit naviguer.

Danilo possède toutes les qualités nécessaires à l'exécution de cette politique de pondération et d'équilibre. Jeune encore, ayant reçu une excellente éducation, connaissant pour les avoir visitées, les cours d'Autriche et de Russie, persuasif, éloquent, aimant son pays, il exerce sur ses compatriotes une influence égale à celle de son prédécesseur.

Pierre II était poète. On a de lui plusieurs ouvrages remarquables, entre autres:

Un poème remarquable par la vigueur et la vérité des scènes populaires, Stjepan Mail ou Étienne le Petit, imposteur hardi qui parvint, en trompant la crédulité naïve des Monténégrins, à se faire passer pour le tzar Pierre III.

Oledo (miroir), recueil des chants populaires serbes.