Le colonel Kovalevski, cet infatigable propagandiste russe dont nous avons entretenu nos lecteurs, avait préparé et dirigé cette levée de boucliers contre la Turquie. La Russie voulait engager les hostilités pour susciter des embarras à la Porte au moment où, par l'envoi du prince Menchikof, elle allait soulever la question du protectorat.
L'Autriche empêcha la lutte.
Cette puissance ne saurait voir d'un bon œil tout ce qui peut donner de la vie et du mouvement à la nationalité slave. La moindre étincelle jetée sur les provinces serbes peut allumer un incendie. L'Autriche intervint pour éteindre le feu. La Porte sut éloigner son armée de la frontière du Monténégro, et les Monténégrins se virent obligés à rentrer dans leur territoire.
On voit par ce que nous venons de dire combien la paix, quand elle existe, doit être menacée et précaire entre les deux pays.
XVIII.
L'année dernière une foule nombreuse de montagnards était réunie sur la plate-forme de Tsetinié, pour assister à l'exécution d'un meurtrier.
Autrefois le droit de vengeance (krvina), exercé par les parents de la victime, représentait la vindicte publique. Aujourd'hui c'est le sénat qui prononce la peine de mort au nom de la société.
Cette pénalité toute nouvelle excite encore de vives répugnances au Monténégro; on est obligé pour l'appliquer, de l'adoucir encore et de laisser aux condamnés des chances de s'y soustraire.