Lorsqu'une sentence de mort a été prononcée, chaque tribu fournit deux guerriers qui se rendent avec leur fusil chargé sur le lieu du supplice. Le condamné est placé à quarante pas du groupe chargé de le fusiller. Cinquante balles sont dirigées à la fois contre sa poitrine; ses parents ne pourront pas savoir qui l'a frappé. La vendetta est donc impossible.

Si par hasard il n'est que blessé, la peine est subie, le meurtrier est gracié.

Si par miracle il échappe, il devient libre et passe chez les Ouskoks. Désormais il fait partie de leurs bandes.

Le gouvernement attache une grande importance à faire fonctionner cette pénalité imparfaite sans doute, mais qui est bien préférable aux anciens procédés de justice barbare et sommaire en usage dans le pays.

Cette fois, le criminel était un montagnard qui jouissait d'une grande importance dans sa tribu à cause de sa bravoure.

Le peuple remplissait la plate-forme. Le piquet d'exécution allait paraître, lorsqu'on vit le colonel Kovalevski traverser la place et entrer dans la maison du vladika.

Aussitôt le bruit se répandit qu'il allait solliciter la grâce du condamné.

En effet, l'officier russe, après les saluts d'usage, prit place sur un divan auprès de l'évêque, qui lui dit aussitôt:

«Pourquoi as-tu voulu me voir?

—Parce que j'ai une grâce à te demander.