XIX.

11 MARS.—J'arrive du soviet (maison du sénat). Les sénateurs vont bientôt entrer en séance. Je peux compter sous un hangar les ânes et mulets qui les ont conduits. Ici un cheval est presque un objet de curiosité.

Le vladika sort de sa maison entouré de sa garde, et entre dans le soviet. Pour représenter la publicité des assemblées délibérantes européennes, j'ai persuadé au vladika qu'il convenait de me laisser assister à la séance. J'ai obtenu la permission de me tenir debout derrière la porte d'entrée. C'est là ma tribune.

Je m'aperçois que le colonel Kovalevski occupe déjà une place derrière le banc sénatorial.

Les sénateurs arrivent par groupes, et, après avoir suspendu leurs armes à la muraille, ils s'asseyent sur un banc circulaire de pierre, recouvert d'un tapis.

Un âtre, creusé dans la terre, au milieu même du cercle, promène les reflets de sa flamme sur la figure des pères conscrits.

Le vladika vient s'asseoir au bout du banc. Un coussin rouge, entouré d'un galon d'or, distingue seul sa place de celle des autres sénateurs.

Le secrétaire du soviet, assis à la turque, tient une plume, une écritoire, et du papier sur ses genoux.

Maintenant que le vladika a prononcé la prière qui précède l'ouverture des débats, tous les sénateurs allument leur tchibouk.

Le vladika ouvre la séance par le discours suivant: