Le Monténégro ou Tsernogore, quoique formant depuis la fin du XVIIIe siècle, un État indépendant, n'est point cependant ce qu'on peut appeler un pays constitué d'une façon régulière. C'est une nation composée d'éléments divers, un peuple de proscrits qui l'habite. Le Monténégro est le vaste lieu d'asile de tous les proscrits de la race serbe. Ses montagnes sont placées comme une espèce de ligne de démarcation entre le monde slave et le nôtre.

Les Monténégrins eux-mêmes n'ont que des notions très confuses sur l'étendue de leur territoire et sur le chiffre de leur population. La grlitza, almanach officiel de Tsetinié, capitale du pays, évaluait, en 1835, ce chiffre à près de 100 000 âmes; le Monténégro s'est étendu depuis cette époque, et on peut porter à un maximum d'environ 130 000 le total des habitants.

Le Monténégro est divisé en quatre arrondissements (nahias); chacun de ces arrondissements peut mettre sur pied un nombre de guerriers déterminé d'avance.

Les sept montagnes qui environnent le Monténégro forment, sous le nom de Berda, un territoire particulier qui cependant est attaché à son voisin par les liens d'une espèce de confédération.


III.

Les Monténégrins sont en majorité schismatiques; ils font cependant preuve de plus de tolérance que leurs coreligionnaires de la Serbie, de la Grèce et de la Russie. Les catholiques latins exercent en paix leur culte; les Turcs eux-mêmes ont une mosquée au Monténégro; ils forment dans le pays une tribu qui a les mêmes droits et la même liberté que les autres.

Les couvents sont assez nombreux au Monténégro; on cite parmi les plus remarquables, ceux d'Ostrog et de Maratcha. Entrez dans un de ces couvents où l'on accueille le voyageur avec une hospitalité pleine de bienveillance, vous y trouverez tout au plus une vingtaine de moines. Un seul religieux occupe le grand couvent de Tsetinié.

Le clergé séculier se compose de 200 popes environ. Ces prêtres ont adopté le costume des guerriers; ils font partie des expéditions, et comme l'Église grecque, ainsi que l'Église latine a horreur du sang, ils ont des masses d'armes dont ils se servent pour assommer l'ennemi quand ils sont las de prier pour leurs frères ou de les exciter au combat.