Le clergé régulier, au contraire, vit dans une paix et une austérité profondes. Le moine monténégrin s'habille, comme le caloyer grec, d'une longue robe de soie noire; aussi les Turcs ont-ils l'habitude de désigner le vladika du Monténégro sous ce titre: le noir Caloyer. La coiffure des moines du Monténégro est un fez rouge entouré d'une étoffe de soie noire en forme de turban.

Les Monténégrins ont généralement des sentiments religieux assez vifs et assez profonds. Cependant ils ne suivent pas toujours avec une régularité parfaite les règles extérieures du culte. Dans notre langage, on dirait des Monténégrins qu'ils ne pratiquent pas. L'Église, d'ailleurs, repousse des sacrements tout montagnard nourrissant une haine violente contre le prochain; si cette haine n'a pas craint de se satisfaire, le coupable ne pourra pas mettre les pieds dans une église avant d'avoir expié publiquement sa faute ou son crime.


IV.

La famille est la base de la société dans cette république patriarcale du Monténégro. Chaque famille choisit un chef auquel elle obéit aveuglément. Les membres d'une même famille ne se séparent presque jamais, aussi les familles deviennent-elles quelquefois assez nombreuses pour peupler un village assez vaste d'individus sortis du même sang, portant le même nom, et ne se distinguant entre eux que par le prénom.

Cet esprit de famille, qui a de grands avantages, offre cependant aussi des inconvénients réels. S'il établit une solidarité puissante entre les membres de la famille en particulier, il crée également, entre les familles en général, une foule de ces haines vivaces et implacables que les générations transmettent aux générations.

Il y a sans doute au Monténégro, comme partout ailleurs, des pauvres et des riches, mais cette différence entre les fortunes ne détruit pas le sentiment d'égalité profondément enraciné au cœur des Monténégrins. Les mendiants sont inconnus dans ce pays. Le pauvre emprunte au riche, et finit toujours par s'acquitter.