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Trois palais encore debout: la Ziza, la Cuba, et Favara, édifices quadrilatéraux bâtis en grandes pierres régulières et ornés de panneaux en ogives, rappellent la période sarrasine. Le plus joli des trois, Ziza (ce qui veut dire fleur naissante en arabe), est situé au nord-ouest de la ville. Une grande porte flanquée de colonnes donne sur un vestibule, où sont gravées des inscriptions cufiques et espagnoles; à la suite s'ouvre une salle carrée, voûtée en forme de rayon de miel et revêtue de mosaïques. Au fond une source verse sur des gradins de marbre blanc son eau limpide, qui passe gracieusement dans un canal et dans des bassins de même blancheur. Le toit aplati est environné d'un parapet dont les pierres portent une inscription en caractères cufiques.
Les principaux monuments de la domination normande sont: le pont de l'Amiral jeté sur l'Oreto par l'amiral Georges d'Antioche, l'église de la Maggione, construite par le chancelier Matteo de Salerne, l'église de San Giovanni degli Eremiti, fondée par le comte Roger, celles de San Cataldo, de San Salvadore, de San Giovanni dei Leprosi, la cathédrale, le palais royal et l'église de la Martorana.
Types et costumes siciliens.—Dessin de Rouargue.
Le palais royal doit à Robert Guiscard, à Roger, aux deux Guillaume, à Frédéric II et à son fils Mainfroi, sa fondation et ses premiers accroissements. Peu de restes de la construction primitive sont aujourd'hui debout; les plus remarquables sont: la tour de Santa Nimfa, l'une des quatre dont les angles du palais étaient flanqués, et la chapelle dite chapelle Palatine. Ce dernier édifice se compose de trois nefs, dont les voûtes sont portées par des colonnes de granit à chapiteaux dorés. Les murailles, la coupole qui s'élève au-dessus de l'intersection des bras de la croix, les voûtes et les plafonds des nefs, sont ornés, dans toute leur étendue, de plaques de marbre blanc et de porphyre, de pierres dures, de mosaïques à fond doré, de caissons, de pendentifs, de peintures en couleurs brillantes, dont l'ensemble produit l'effet le plus éblouissant. On remarque dans la chapelle Palatine une très-belle chaire en marbre blanc, en porphyre et en mosaïque, soutenue par des' colonnes historiées, un grand candélabre en marbre blanc porté par des lions, et une estrade pour le siège royal.
Les appartements du palazzo reale renferment des portraits en pied des vice-rois et des gouverneurs de la Sicile, des fresques exécutées par Vélasquez, et deux béliers en bronze d'un très-beau travail, qui viennent de l'antique Syracuse, et qui, dit-on, placés jadis sur une tour élevée, rendaient au souffle du vent des sons indiquant aux navigateurs l'état de l'atmosphère. L'observatoire construit en 1791 par l'abbé Piazzi, et où cet astronome découvrit la planète Cérès, est une des curiosités du palais royal.
La cathédrale est peu distante de ce palais avec lequel elle communiquait primitivement par un chemin couvert. Construite par l'archevêque Gauthier Offamilit et consacrée en 1185, elle a été refaite dans la plupart de ses parties à des époques postérieures. La façade principale et les grandes portes, avec des arceaux en ogive, des arabesques, des colonnes, et des inscriptions latines et arabes, donnent sur une place qui s'étend jusqu'à la rue du Cassaro. Une tour et une coupole surmontent l'édifice, que couronne dans toute sa largeur un feston dentelé. Deux larges arceaux à ogive unissent la cathédrale au beffroi. L'intérieur est à trois nefs; on y remarque les colonnes de granit égyptien qui décorent les piliers, des statues en marbre blanc d'Antonio Gagini, le plus célèbre sculpteur sicilien, né à Palerme en 1480, mort en 1573, de jolis bas-reliefs, des tableaux de Vélasquez et d'un autre artiste sicilien, Pietro Novelli, dit le Morrealese; j'y ai lu aussi le texte latin, écrit en caractères dorés sur marbre noir, d'une lettre que, suivant une tradition populaire, la mère du Christ aurait adressée aux habitants de Messine en réponse à une députation que ceux-ci lui avaient envoyée.