Ruines à Girgenti (Agrigente) (voy. p. [14]).—Dessin de Rouargue.

En général une dévotion très-vive, mais très-peu éclairée, est le trait caractéristique des Palermitains et des autres Siciliens. Ils ont des notions assez vagues sur Dieu et sur Jésus-Christ, mais ils savent les noms des saints les plus puissants, le détail des miracles et des vertus curatives de chacun d'eux, et c'est avec pompe et avec bruit qu'ils les honorent. À toutes les fêtes, et les fêtes sont fort souvent répétées, on tend les églises de draperies rouges et ornées d'or et d'argent, on les illumine de myriades de cierges, on expose dans les rues des images sacrées, on allume des lampions, on tire des fusées et des pièces d'artifice, et la musique, fort aimée des Siciliens fait entendre ses joyeuses fanfares. La foule accourt, et promène à travers la ville, en chantant et en criant vivat, des reliques et des figures peintes ou sculptées.

Chaque ville de Sicile a adopté un saint qu'elle regarde comme son protecteur, qu'elle invoque dans le danger, dans les calamités, et qu'elle paye de ses bienfaits en amour, en honneurs et en présents. Palerme a choisi sainte Rosalie. C'était, dit la légende, une nièce du roi normand Guillaume le Bon, qui, renonçant à la vie mondaine, se retira dans une grotte solitaire du mont Pellegrino, et s'y voua à la contemplation et à la prière. Son corps, découvert en 1624, ayant été transporté à Palerme pendant qu'une peste terrible affligeait la ville, la peste cessa soudain. La grotte où elle a vécu et que la piété populaire a transformée en chapelle, est l'objet d'un pèlerinage très-célèbre (voy. p. [1]). Sa fête annuelle, qui commence vers le 10 juillet, et qui dure cinq jours, est une suite de cérémonies, de processions, de triomphes, de courses de chevaux libres, d'illuminations, de feux d'artifice, qui font le bonheur des habitants et attirent une multitude d'étrangers. La statue de la sainte traverse la rue du Cassaro sur un char colossal de plus de vingt-trois mètres de haut et de vingt-six mètres de long, traîné par des bœufs ou par des mules, orné de figures diverses et même de divinités païennes, et renfermant dans son sein des musiciens qui exécutent des morceaux de circonstance.

L'église du monastère de Santa Maria di Martorana fut fondée vers 1143 par l'amiral Georges d'Antioche. On y voit une mosaïque représentant le roi Roger, prosterné devant la Vierge, à laquelle il vient de remettre une charte qu'elle tient à la main; une autre mosaïque représente le même roi, en costume byzantin, vêtu de la dalmatique, recevant du Christ la couronne royale.

N'oublions pas que Palerme possède un musée de sculpture contenant des restes précieux d'antiquités, une collection géologique et plusieurs bibliothèques.

La cathédrale de Monreale.

Monreale est située à quatre milles au sud-ouest de Palerme. Qui n'a entendu parler de sa cathédrale? Je partis un matin par la porta Nuova, dans un calesso de louage. La route qui mène à Monreale par des pentes douces ménagées dans le versant des montagnes, est charmante: on l'a ornée de bancs, de fontaines et d'une allée de lauriers-roses; d'un côté se dressent des rochers qu'embellissent les eaux tombantes des sources et la verdure des aloès et des cactus, de l'autre s'étend un vallon, couvert à profusion d'oliviers, de figuiers, d'orangers, de citronniers, avec Palerme et la mer dans le lointain.

La ville de Monreale a une population de plus de 13 000 habitants; on leur attribue une origine sarrasine; leurs mœurs sont différentes de celles des Palermitains.

Le couvent des bénédictins m'attira tout d'abord. L'escalier renferme des toiles de Vélasquez et de Pietro Novelli. Le cloître est d'une incomparable beauté. Des galeries, disposées en carré, s'ouvrant sur un jardin verdoyant, offrent à l'œil une série d'arceaux en ogives d'une courbure orientale, que soutiennent 216 colonnes accouplées, de formes variées à l'infini et ornées de deux en deux de mosaïques. Dans le jardin intérieur, des fontaines jaillissent du milieu des arbres et des fleurs et retombent dans des vasques de marbre. Avec le ciel et le soleil de la Sicile, l'effet est féerique; grandeur de l'ensemble, élégance du détail, harmonie de la nature et de l'œuvre humaine, tout se trouve réuni dans ce cloître, dû à la piété de Guillaume le Bon (vers 1174).