Le panorama de tous côtés n'a de bornes que la portée de la vue; on estime à plus de 2 000 milles la circonférence de l'horizon que l'œil peut embrasser. La mer et ses îles occupent la plus grande partie de la scène; la Sicile, au centre, présente aux regards sa surface triangulaire. On distingue le lac de Lentini, le cours du Simèthe, les montagnes de Madonia, Catane, Messine, Trapani et Palerme à demi cachée dans le brouillard. L'Etna lui-même paraît comme un monde; ses pentes verdoyantes, les villages dont il est semé à la base, ses crêtes arides, ses anfractuosités profondes, sa fumée, tout est visible; les tons les plus variés, les contrastes les plus bizarres, excitent à la fois l'intérêt et l'admiration.
J'approchai le plus possible des bords intérieurs du cône renversé au fond duquel est la bouche du volcan. Mais les vapeurs étaient trop épaisses pour qu'on aperçût rien.
La descente de l'Etna n'est qu'un jeu, en comparaison de la montée. Vers midi, j'étais dans l'auberge de Nicolosi, où je retrouvai Luigi et le muletier. Le soir nous couchâmes au village des Giarre.
Taormine. — Messine. — Retour à Naples.
Au delà des Giarre, le chemin suit constamment le bord de la mer. On traverse le fleuve di Calatabiano; puis on quitte les terrains volcaniques dont l'Etna est tout entouré, et l'on parvient à Giardini, village moderne situé au pied du mont Taurus, sur le penchant duquel est assise l'antique Taormine (Tauromenium), détruite par les tremblements de terre, et qui n'a plus qu'une population misérable de 3 000 habitants. Il lui reste ses ruines: des aqueducs, des réservoirs, des naumachies, des tombeaux, des temples même, et les vestiges d'un théâtre, l'un des plus beaux de l'antiquité. Le théâtre est situé hors des murs fortifiés de la ville moderne, sur l'extrémité d'une éminence, et creusé en partie dans la roche vive. Il pouvait contenir 25 000 personnes. Tout dégradé qu'il est maintenant, il produit un effet saisissant. De ses gradins, on jouit d'une vue admirable: la mer azurée et les gracieuses découpures de ses côtes, les plaines verdoyantes et parsemées de villages qui s'allongent jusqu'aux flots, Giardini et Taormine dressant au pied et sur les flancs du Taurus leurs maisons, leurs églises et leurs vieilles tours, et au-dessus, dominant tout, la masse gigantesque de l'Etna! (voy. p. [9]).
De Taormine à Messine, la route traverse des campagnes fertiles où les villages abondent, et côtoie fréquemment la mer.
À une certaine distance de Messine, la vie d'une grande ville se fait déjà sentir.
Disposée en amphithéâtre sur la côte qu'un étroit bras de mer sépare de l'Italie, construite à neuf, peuplée de près de 100 000 habitants, Messine paraît être un agréable séjour.
Deux grandes rues parallèle au quai, le Corso et la via Ferdinanda, la partagent d'une manière régulière. Le port, vaste, sûr et commode, est le plus fréquenté de toute la Sicile; une citadelle et plusieurs autres ouvrages fortifiés sont destinés à le protéger. Le quai, orné de statues et entre autres d'une figure de Neptune, est bordé d'édifices d'une construction élégante, mais inachevés.
La façade de la cathédrale, en marbres de diverses couleurs, est percée de trois portes ogivales, et ornée de bas-reliefs, de mosaïques, de colonnes très-ouvragées, de pinacles, de statuettes et de peintures; malheureusement elle est gâtée par un mur moderne qui la surmonte, et par un clocher de mauvais goût qui l'avoisine à gauche. À l'intérieur, des colonnes antiques, avec des bases et des chapiteaux dorés, divisent l'édifice en trois nefs et soutiennent des plafonds en bois. Les mosaïques qui couvrent les demi-coupoles des absides et qui datent du quatorzième siècle, une chaire en marbre sculptée avec beaucoup d'élégance par Antonio Gagini, le maître autel, incrusté de pierres dures, et plusieurs mausolées intéressants, forment les principales richesses de la cathédrale de Messine. On y conserve aussi une boucle de cheveux qu'on dit avoir appartenu à la Vierge Marie, et une traduction en latin de la fameuse lettre qu'elle passe pour avoir écrite aux Messinois, et dont j'ai signalé une copie à Palerme (voy. p. [5]).