Les femmes portent de grands voiles blancs et brodés, rouges ou ponceau, et parfois relevés par un galon d'or. La mante des paysannes des environs, en laine ou en drap bleu, est assez courte, et leur sert de coussin, étant pliée, pour porter les fardeaux sur la tête. Les marins, contrairement à ce qu'on voit d'ordinaire, ont des ceintures et des bonnets bleu azur.
La cathédrale de Catane, dédiée à sainte Agathe, est surmontée de trois coupoles. Sur la place, dont elle borne un des côtés, on remarque une fontaine de marbre, que couronne un antique éléphant de lave portant sur son dos un obélisque en granit rouge d'Égypte.
Le musée du prince de Biscari renferme de nombreux objets d'antiquité, des statues, des poids, des lampes, des mosaïques, des vases gréco-siciliens, des armures du moyen âge, des costumes siciliens de différentes époques, etc.
Ascension de l'Etna.
Quand je partis pour monter l'Etna, le temps, quoique l'on fût au 5 octobre, était encore très-chaud. La belle rue Stesicorea ou Etnea conduit de suite à la regione piemontana dont les pentes modérées forment la première des trois régions de la montagne; c'est un véritable jardin. Après avoir traversé plusieurs villages, je parvins à Nicolosi, bourg de près de 3 000 âmes de population, élevé sur le versant de l'Etna, à près de quatre lieues de Catane, et qui touche le pied des monti Rossi, cônes formés par l'éruption de 1669. J'y installai pour la nuit Luigi, le muletier et les mulets. Puis, muni de vêtements chauds, vers huit heures du soir je me mis en route, accompagné du guide Salvatore.
Nous suivîmes d'abord un chemin pratiqué sur le courant d'un fleuve de laves scoriacées, et nous arrivâmes bientôt à la seconde région, regione selvosa, ou région des bois. Sauf aux endroits que des coulées modernes ont recouverts, le sol, formé d'une terre poudreuse et grisâtre, est peuplé de chênes, de hêtres, de figuiers noirs, de pruniers sauvages, et dans les parties les plus élevées, de sapins, de pins et de bouleaux; des touffes de mousses, des fougères, des mauves, des orchys, des fraxinelles, croissent dans cette poussière féconde.
Nous prîmes un peu de repos dans une cabane où s'arrêtent les gens de Catane qui vont chercher la glace.
Le froid commençait à me pénétrer; Salvatore fit un peu de feu, je me couvris d'un second manteau, et nous repartîmes pour finir la traversée de la région des bois.
Tout à coup la végétation cessa, et je me trouvai au milieu d'un désert silencieux et sombre, où l'on n'entendait que le pas mesuré de nos mulets, où l'on ne distinguait, à la lueur de la lune, que les flancs pelés et les rudes arêtes de la montagne. Il fallut gravir alors un dôme de scories, appelé la Montagnuola, du sommet duquel partent deux bras ouverts du côté de la mer, et circonscrivant une vallée de six à sept kilomètres de diamètre qu'on nomme val del Bove. Cette gibbosité se termine par le piano del Lago, surface presque plane, où se trouvent la torre del Filosofo (à 2885 mètres au-dessus du niveau de la mer) et la Casa inglese. La tour du Philosophe, construction grecque ou romaine, se compose de quelques assises de laves et de briques.
C'est à la Maison anglaise, construite en 1811 par les officiers anglais, que nous fîmes notre seconde halte et que nous laissâmes nos montures, le reste de l'ascension ne pouvant se faire qu'à pied. Un peu de repos et de nourriture ayant rendu du ressort à mes membres et de la chaleur à mon sang, nous gagnâmes, sur une coulée de laves raboteuses et mobiles, le pied du cône supérieur du volcan, annexe éphémère que chaque éruption modifie, élève ou renverse tour à tour. De ce point restaient environ cent mètres à gravir, sur une pente très-rapide; je n'insisterai pas sur les difficultés, les fatigues, les dangers même de ce trajet, dont je vins à bout à grand'peine; enfin je pus m'asseoir harassé, les jambes déchirées, mais fier comme un vainqueur, sur un point du cercle solide qui termine l'Etna. Le soleil se levait. J'avais à côté de moi la fumée sortant du cratère, derrière une effroyable profondeur et les flancs noirs de la montagne, en avant l'horreur du chemin que je venais de parcourir et les immensités de la mer et du ciel.