—On envoie ces filles-là se baigner à la mer.

—Dans le mois de janvier?

—Les bains froids à la lame sont toniques. Mais, au surplus, à défaut de filles, on fait du punch avec du rhum et du sucre, et j'ai encore de tout cela à bord de ma prise.»

Nous bambochâmes donc avec du punch, et du sein d'une orgie qui dura quarante-huit heures, notre ami partit à cheval pour Paris, afin, disait-il, de dépenser son argent sur un théâtre plus vaste. Il voulait aussi revoir sa famille.

Nous n'entendîmes plus parler de lui.

Deux mois s'étaient écoulés depuis notre séparation, lorsque nous le vîmes revenir à Brest dans un costume tout différent de celui sous lequel il était parti après notre bamboche sur la côte de Bretagne.

Notre ami Mainfroy nous apparut en habit marron, suivi par un faiseur de commissions qui marchait à cinq pas de lui, portant sans beaucoup d'efforts une valise. Cette valise était vide. Notre camarade, au-devant duquel je me précipitai tendrement du plus loin que je le vis, me demanda une dizaine de sous pour payer le jeune homme qui portait ses effets.

—Je n'ai plus le sou, me dit-il, et ma valise vaut à peine les cinquante centimes que tu vas donner pour elle. Je ne l'ai fait venir derrière moi que pour le décorum.

—Comment, tu portes des éperons d'or, et tu as le gousset à sec!

—Dis donc des éperons de cuivre doré, malheureux! Toujours pour le décorum. Il vaut mieux faire envie que pitié. Va, je me suis joliment amusé à Paris. C'est ça une ville civilisée! A propos, as-tu toujours l'habitude de déjeûner?