—Ah! vous chantez, capitaine? se prit à dire notre Amphitryon. Je vous saisis au mot, et vous allez nous faire entendre quelque chose de votre crû.

—Très-volontiers, Messieurs. Je me sens d'autant moins disposé à faire des façons aujourd'hui, que j'ai besoin de répandre ma joie de quelque manière que ce soit. Je vais donc vous chanter de petits couplets composés il y a quelques dix années par deux aspirans de nos amis. Il n'y a pas de dame ici, et l'on peut se permettre, je crois, la chanson de bord. D'ailleurs, Messieurs, les couplets que je me propose de vous faire entendre pourraient se chanter dans une maison d'éducation de jeunes demoiselles, sans que la plus prude d'entre elles se crût en droit de faire la moindre petite grimace.»

Je me disposai, comme tous les autres convives, à écouter la chanson de notre troubadour.

«C'est, me dit-il avant de commencer, le Départ de Lorient. Tu connais cela comme ta poche; nous chantions ces couplets dans toutes nos bamboches.... Messieurs, on répétera en choeur, si vous le voulez bien, le refrain de chaque couplet. Cela dit, je commence, et attention à aller de l'avant à mon commandement. Ne vous scandalisez pas.

» A propos, c'est sur l'air de Tirlemont, ville du Diable. Ne vous scandalisez pas

» M'y voici:

»Adieu Lorient, séjour de guigne, Nous partirons demain matin, Le verre en main. Cent bouteilles de jus de vigne, Du départ marqueront l'instant. Adieu Lorient, Adieu Lorient, A. A. Adieu Lorient!

«Répétez donc, Messieurs, et soutenez la voix mieux que ça!»

Tout le monde répéta tant bien que mal.

«Le moment des combats s'avance: Des combats oubliées l'horreur Pour voir l'honneur. Amis, songeons qu'à la vaillance Toujours on donne, après l'action. Double ration. (ter.)