—J'ai servi aussi le gouvernement brésilien.
—Mais ces deux États ont été cependant en guerre l'un contre l'autre.
—C'est justement pour cela que je les ai servis tous les deux. Mais je te conterai tout ça quand nous aurons fini de dîner, car nous avons bien des choses à nous dire depuis le temps que nous ne nous sommes vus.... Ce pauvre ami, qui m'eût dit que je l'eusse retrouvé aujourd'hui!... Messieurs, je vous demande bien des pardons; mais quand après une si longue absence on se revoit, on semble n'exister que pour l'ami que l'on retrouve.
—Faites, faites, Messieurs: rien de plus naturel, reprirent les convives.
—Mais, en vérité, je ne te trouve nullement changé, continua Mainfroy. C'est ton ancien visage, un peu sombre, et un peu passé au soleil.
—C'est comme toi! tu as toujours ton air de jeune fille, de timidité même, et sans les roses de ton teint qui out un peu bruni aussi.....
—Finissez donc, vil flatteur!
.....Présent le plus funeste Qu'au pu faire aux amis la colère céleste.
—Mais, à propos, Mainfroy, parles-tu encore latin et grec? Les citations ont-elles été toujours leur train?
—Moi! Ah! tu te souviens encore de mes distiques et de mes sentences! Non, mon ami, j'ai renoncé à toutes ces pompes de la pédanterie. Naviguant sans cesse au milieu de matelots et de marins assez peu lettrés, j'ai totalement négligé le culte des antiques Muses. Ces gaillards-là m'ont gâté même toute mon érudition. J'ai appris seulement quelques petites chansons maritimes et anacréontiques que je braille passablement au besoin en société joyeuse. Là se borne maintenant toute ma littérature.