Les officiers, qui tiennent leurs longues-vues braquées sur le navire qui s'avance toujours, ne prononcent pas une seule parole. Les passagers sont dans l'anxiété en voyant le commandant examiner avec une certaine préoccupation la manoeuvre du bâtiment dont on n'est plus qu'à deux portées de canon.

Le plénipotentiaire s'avance alors: «Commandant, que dites-vous de la rencontre que nous venons de faire? Ne serait-ce pas par hasard notre infidèle qui nous revient? Plusieurs de nos hommes croient reconnaître l'Albanaise dans ce grand navire si noir et d'une allure si lugubre....»

Le commandant ne répond rien à l'importun questionneur. Il ordonne au chef de timonerie de hisser le pavillon français.

Le grand pavillon monte rapidement au bout de la corne de la Bramine.

Le grand bâtiment noir répond à ce signal en hissant un long pavillon rouge dont la queue va se jouer sur sa poupe.

«Que diable cela signifie-t-il?» s'écrie le commandant en regardant son lieutenant.

Le lieutenant hausse les épaules en faisant une grimace qui signifie: «Ma foi, je n'en sais rien.»

«Branle-bas général de combat!» dit le commandant.

Le premier lieutenant ajoute: «Chacun à son poste: les gens de la batterie à la batterie, les gens de la manoeuvre à la manoeuvre.»

Les officiers et les aspirans de la batterie descendent. Les autres courent à leurs pièces sur les gaillards. Il se fait à bord un remue-ménage qui surprend assez désagréablement les passagers. Quelques minutes après l'ordre donné, le lieutenant annonce au commandant que tout est prêt pour le combat.