—Mais non, il me semble que c'est au feu! qu'on crie....
—Ah! C'est vrai! c'est comme s'il y avait le feu sur l'arrière du navire, voyez-vous....
—L'eau! le feu! le vent! Mais on n'est donc en sûreté nulle part à bord d'un bâtiment qui combat?
—Oui, en sûreté! ah bien oui! J'ai vu un agent comptable tué, sans vous faire tort, où vous êtes dans la sainte-barbe, à bord de la frégate la Clorinde.... Mais qu'ont-ils donc à gueuler de cette manière?... Est-ce qu'on ne commande pas de noyer les poudres!
—Ah! mon Dieu! noyer les poudres! Et nous aussi peut-être!
—Ne craignez rien; si c'était pour de bon, nous aurions sauté dans notre trou à poudre, avant d'être noyés.... V'là que ça se calme, v'là que ça se calme!... Attendez, je vas bientôt savoir ce que c'est (mettant la tête au panneau).... Eh bien! bigres de mousses, pourquoi est-ce que vous ne demandez plus de poudre et que vous restez là, dans la batterie, comme des épiciers retraités avec vos gargoussiers vides?
—Père La Frimousse, c'est qu'on va battre le roulement; le commandant a dit de cesser le feu.
—Déjà!... Ah! c'est que l'autre frégate aura amené pour nous qui sommes la commandante. Tant mieux, autant de tués que de blessés, il n'y a personne de mort.»
Le roulement se fit effectivement entendre. L'officier commandant la batterie ordonne de taper et amarrer les canons. Au son roulant des tambours, le calme le plus parfait succède au fracas qui, pendant près d'une heure d'effroi, a retenti aux oreilles de notre ambassadeur niché encore dans la soute aux poudres. Mais, le combat fini, il se dispose à se présenter aux yeux du commandant ... aux yeux du commandant, si toutefois il vit encore, car dans ce combat acharné bien des braves gens ont dû périr.... N'importe, il faut que notre ambassadeur s'assure par lui-même de ce qui s'est passé au dehors pendant sa longue absence.... Le canon ne ronfle plus: il sort lestement de la sainte-barbe, le nez et les mains barbouillés de poudre, l'habit tout noirci, la cravate toute défaite. Le désordre de sa toilette n'attestera que mieux la part active qu'il a prise a l'affaire.... Il traverse la batterie en détournant les yeux, de peur de frémir à l'aspect du sang répandu, et de voir le désordre que les boulets ennemis ont exercé dans la coque du bâtiment.... Là cependant rien n'est changé. Des matelots ou des chefs de pièces fredonnent gaîment un petit air, en amarrant leurs canons, restés en parfait état. Des novices fauberdent le pont de la batterie, sous la surveillance des quartiers-maîtres, qui leur indiquent l'endroit d'où il faut faire disparaître les taches de poudre.... L'ambassadeur enfin arrive sur le gaillard d'arrière: il cherche avec anxiété son commandant: il le demande aux timoniers placés flegmatiquement à la roue du gouvernail.
Un d'eux lui répond avec indifférence: «Le commandant, monsieur? le voilà qui se promène sur les passavans avec le commandant de l'Albanaise.