Le commandant passe dans sa chambre: son capitaine de frégate le suit en papillonnant sur ses traces.
Après la yole commandante arrive l'embarcation qui porte à bord le commissaire aux revues et ses gros livres, l'agent comptable du vaisseau et ses états de paiement. On reçoit le commissaire avec moins de gravité que le commandant, mais pourtant avec distinction: c'est l'homme essentiel du jour.
Tous les officiers d'administration déjeûnent chez le commandant: c'est de règle. Ils se frottent les mains en sortant de table, jettent un coup-d'oeil sur le gréement du vaisseau, qu'ils trouvent admirable, quoiqu'ils ne s'y connaissent pas du tout: c'est l'usage.
A dix heures on descend dans la batterie. Le commissaire se place au centre de la table qu'on lui a préparée. A ses côtés s'asseyent le commandant, le capitaine de frégate, l'agent comptable du vaisseau, les commis qui escortent le commissaire, les officiers du bord et tutti quanti enfin.
L'appel va se faire. Toutes les oreilles se dressent. On écoutera les réclamations: chacun se dispose à en faire on à chercher comme il s'y prendra pour présenter la sienne. Les maîtres, contre-maîtres, quartiers-maîtres et les matelots de première classe se pressent sur l'arrière de la batterie au-dessous de la cloison qui indiquait, la veille, la place de la grande chambre. Le commissaire va appeler son monde: attention!
«Jean-Marie-Pierre-Chrétien Lemalennec, premier maître de manoeuvre.
—Présent, mon commissaire!
—A 90 fr. par mois, trois mois: 270 fr.
—C'est ça, mon commissaire.
—Marie-Paul-Christophe Lapierre, dit Recouvrance, maître calfat.