—Oui, des envies d'escapade, n'est-ce pas? Pour moi, tenez, depuis que vous venez de me dire ce que vous m'avez dit, je sens la plante des pieds qui me brûle!... Regardez donc nos gens, capitaine, comme ils ont la figure de travers, et la physionomie chavirée.... Les pauvres b ...es! La potence ne leur va pas mieux qu'à nous!

—Eh bien! Pinchaud, il faut leur porter la consolation en douceur dans le tuyau de l'oreille, et leur remonter la mine. Mourir pour mourir, c'est toujours risquer le même paquet, n'est-ce pas?

—Ah! mon Dieu oui; et on peut bien se donner, en fait de ça, l'agrément du choix.

—En ce cas-là, écoutez-moi....»

Le capitaine parla bas alors à l'oreille de son second; et après avoir échangé mystérieusement entre eux quelques mots auxquels ils paraissaient attacher une grande importance, tous les deux allèrent causer avec chacun des hommes de leur équipage.

On vit bientôt les hommes de la goëlette, réunis auparavant en groupes, se disperser et se coucher, l'un sur le gaillard d'arrière, l'autre sur l'avant, l'un au pied du grand mât, l'autre au pied du mât de misaine, et les derniers enfin auprès du grand panneau, ou sur le capot du logement d'équipage.

Ils parurent un instant dormir de lassitude: les Anglais veillaient toujours.

Le capitaine se promenait sur l'arrière, près du midshipman. Un grain tombe à bord. Il faut manoeuvrer un peu: les Anglais s'emploient beaucoup plus activement que les matelots français. Au moment de la plus grande confusion, le capitaine se met à tousser de toutes ses forces.

L'aspirant lui demande s'il est enrhumé.

«Oui, répond-il; mais mon rhume va être bientôt guéri, et le tien va commencer. Tiens, voilà de mon jus de réglisse!»