Mais avec le jour quelle ne dut pas être la confusion du capitaine du brick le Sparrow, lorsque, au lieu de la goëlette qu'il avait prise à la remorque pendant la nuit, il ne vit plus qu'une mauvaise chaloupe au bout du grelin à l'extrémité duquel il croyait toujours tenir sa capture! Il fallut se déterminer à voir la vérité dans tous ses détails. Le brick met en panne: on haie le long de son bord, et la remorque et la maudite embarcation sur l'avant de laquelle elle était fixée.... Et que trouve-t-on encore dans cette chaloupe? onze grands sacs à biscuit! Et dans ces sacs à biscuit? les dix matelots et le midshipman qui avaient été envoyés pour amariner l'Oiseau-Mouche!

«Ah! misérable forban! s'écria le commandant anglais, après avoir essuyé une aussi cruelle mortification; si jamais je te rencontre!...»

Il le rencontra, mais sans pouvoir mettre à exécution les projets de vengeance que, dans un moment de colère, il avait conçus contre lui.

Quinze à vingt jours après l'événement, le brick le Sparrow vint mouiller à Bourbon en rade de Saint-Denis. Le commandant descend à terre. Il se promène. Un homme, dont l'extérieur annonce un marin, un capitaine, l'aborde familièrement et d'un air même un peu goguenard:

«Eh bien! mon commandant, qu'avez-vous fait de la petite goëlette négrière que vous avez amarinée dernièrement dans la nuit, sur les attérages de l'Ile-de-France?

—Qui vous a dit que j'eusse amariné une goëlette?

—Qui? mais tout le monde.

—Tout le monde sait donc ce qui m'est arrivé avec ce damné de capitaine négrier?

—Mais on en parle partout, du moins.

—Si jamais je puis le rencontrer, lui ou son diable de navire!