»Qu'il avait été obligé de rendre sa femme mère, avant de pouvoir triompher de sa vertu farouchassière;

»Que Pékin était la ville la plus populaire de L'Europe civilisée;

»Que Troyes, en Champagne, était la plus forte place de France, puisqu'elle avait résisté dix ans à la flotte combinée des Grecs;

»Que, dans l'expédition d'Egypte dont il faisait partie intègre, Buonaparte avait fait empoisonner, à Jaffa, toutes les sources pour se débarrasser des malades de son armée qui manquait d'eau;

»Que l'Angleterre était un colosse insulaire sans pieds, sans tête, sans bras et sans corps; mais que son ilotisme, au milieu des mers, ne la sauverait pas;

»Que sa mère était une Charette (une des parentes du Vendéen), et son père un Bouillon, et que madame son épouse était une Tour d'Auvergne premier grenadier de France

Toutes ces naïvetés faisaient les délices des aspirans.

Le lieutenant Lamêcherie les débitait avec une gravité et un ton de voix qu'il était facile et amusant de contrefaire. Aussi chaque élève ne manquait-il pas de s'exercer tous les matins à rendre la charge Lamêcherique de la veille.

Le bon lieutenant avait à bord un fils qu'il avait fait débuter dans la carrière, en obtenant pour lui le grade de pilotin. Quand le pauvre enfant dormait dans son petit cadre, il était quelquefois réveillé en sursaut par une voix pseudonyme qui lui criait: «César-Auguste, lève-toi, mon enfant, viens tirer les bottes d'un père.»

Le jeune homme, trompé par cet accent de voix imitateur, dans lequel il croyait reconnaître l'organe de son inflexible père, sautait de son cadre avec un dévoûment tout filial, puis il se rendait, encore mal éveillé et mal habillé, dans la chambre de l'auteur de ses jours, qu'il arrachait souvent au sommeil le plus profond pour lui demander: