«Que voulez-vous, papa?

—Moi, ignare, rien! qui t'a permis de venir troubler mon repos patriarcal?

—Mais, papa, ne m'avez-vous pas appelé?

—Moi, produit absurde à qui j'ai eu la maladresse de donner l'être! tu ne sais donc pas reconnaître ma voix de celle des malappris qui osent la contrefaire?... Attends, attends un peu!» Et le papa, armé d'un nerf de boeuf paternel, poursuivait son fils dans toutes les parties de la frégate.

Ces corrections nocturnes, qui se répétaient assez souvent, fatiguaient les hommes paisiblement couchés dans leurs hamacs, et que les cris du lieutenant et les plaintes de César-Auguste venaient éveiller à chaque instant.

Ils résolurent d'y mettre fin.

Une nuit on entendit dire que M. Lamêcherie avait reçu un coup de poing dans le visage en poursuivant, dans le poste des canonniers, sa fugitive progéniture.

Le lendemain, les aspirans ne manquèrent pas de demander à leur lieutenant quelques détails sur le déplorable événement dont toutes les conséquences se lisaient encore sur son visage empaqueté.

M. de Lamêcherie raconta ainsi sa mésaventure à tous les mauvais petits sujets rassemblés autour de lui pour recueillir malignement chacune de ses paroles:

«Il y a, messieurs les aspirans, à bord de la frégate, une habitude pestilentielle; les pilotins, dont mon cher fils fait pour le moment partie, s'avisent de me ventriloquiser. Oui, mes amis, ils imitent mon son de voix, et vous le savez bien, de manière à tromper jusqu'à l'oreille de mon sang, de mon enfant, en un mot.