—Général, je commence depuis ce matin à m'en douter un peu.
—Je puis ordonner une enquête terrible, et faire fusiller les scélérats qui ont attenté à mon honneur. Commencez-vous à vous douter un peu aussi de toute l'étendue de mon autorité?
—Jamais, mon général, je n'en ai douté. Vous pouvez, il est vrai, ordonner une enquête: une enquête est même une chose excellente; mais n'y a-t-il pas eu, à votre avis, mon général, assez de scandale comme cela?
—Et comment vous, chef d'état-major, vous mon plus fidèle limier en quelque sorte, qui devriez deviner chaque officier de la division rien qu'à l'allure et au pas, n'avez-vous pas reconnu, flairé, dépisté deux polissons d'aspirans dans ces deux coquines de la nuit d'avant-hier?
—Vous les trouviez si aimables et si gentilles, mon général, que le moindre soupçon m'aurait paru inconvenant.
—Moi, je les trouvais gentilles! allons donc! vous ne voyiez pas que je me moquais d'elles? C'est vous peut-être que je devrais faire casser comme du verre, pour ne vous être pas douté de ce que vous deviez savoir mieux que tout autre.
—Moi, mon général, mais il me semble que vous feriez encore mieux d'ordonner une enquête, comme vous en avez eu d'adord l'idée, si décidément vous tenez à faire quelque chose de décisif.
—Ah! je suis bien malheureux! et ne pouvoir pas me venger sans augmenter le scandale! et dévorer ma honte, si je ne me venge pas!... Monsieur l'aide-de-camp!
—Plaît-il, mon général?
—Allez dire à l'officier chargé des signaux, que je lui ordonne d'annoncer à MM. les commandans de la division, que je mets tous les officiers aux arrêts forcés jusqu'à nouvel ordre!...