«Posse-cripthomme. J'oubliais de vous dire, si ça peut vous intéresser, que je viens d'être condamné à cinq ans de galères innocemment au bagne de Toulon. C'est une bien jolie ville, où vous pourrez m'envoyer de l'argent si vous avez le hasard d'en voler à quelques amis. Je n'ai pas voulu vous laisser apprendre cette nouvelle par un autre. Mais soyez persuadé qu'au bagne comme ailleurs je n'oublierai pas les principes que j'ai reçus de vous.
«Idem.»
«Bah! se prit à crier un canonnier nommé Baradin, après avoir entendu la lettre de son confrère, ce bavacheur de Fournerat ne nous parle jamais que de ses galères! C'est toujours le bagne de Brest ou de Toulon avec lui. Change ta barre, conteur d'histoires de chaînes et de forçats; le bagne ne rend plus!
—Tiens, comme il est mal bordé cette nuit le prince Baradin premier, l'empereur des mouches tuées au vol, vice-roi des gamelles vides, protecteur de la confédération sale!
—Pourquoi m'appelles-tu prince, espèce de va-de-la-langue? Encore une autre bêtise, n'est-ce pas? et tu restes là la bouche ouverte, comme un sac quand il n'y a rien dedans!
—Ah! tu me demandes pourquoi je t'appelle prince? Je vas te le dire, mais dans une petite chanson, composée par ton serviteur, dans les cinq minutes qui vont venir.
—Silence, les enfans! s'écria un des maîtres à tous ceux qui riaient de la dispute survenue entre les deux canonniers; Fournerat va faire et chanter une chanson sur Baradin: taisons nos langues et ouvrons nos oreilles; c'est l'ordre.
—Mes amis, c'est sur l'air de Oui, noir, mais pas si diable, que je vais vous déchanter la Baradine, romance de circonstance, cadrant avec le sujet, et un bien vilain sujet, voyez plutôt. Mais il ne faut pas que la musique vous empêche de haller dur et long-temps sur vos avirons. Chantons mal, mais nageons bien. Je tousse trois fois, je me mouche deux: c'est vous dire que je vais commencer.
Baradin qui s' mange l'âme,
Un jour de carnaval.
En carrosse voit un' dame
Qui s'en allait au bal. (bis.)
Quèques gaillards, par malice,
Crient: Vive l'Impératrice!
Voyons, que cela finisse,
S' dit mon cadet d' novice,
Et voilà Baradin
din! din!
Qui lui tend, qui lui tend sa sal'main. (bis.)