—Je faisais de l'art.
—De l'art, dites-vous?
—Oui, de l'art; parbleu! chacun n'en fait-il pas à sa manière, et selon les moyens qu'il a reçus de là-haut, si toutefois il y a un là-haut!
—Et quelle espèce d'art encore faisiez-vous?
—De l'art à la façon de ce pauvre Will, notre maître à tous, le premier des poètes dans les âges, l'ange infernal et sublime du drame-passion et de toute poésie vraie enfin! De l'art, de l'art, de l'art, ce mot dit l'univers!
—Le poète Will? je ne le connais pas, à moins que ce ne soit le poète Wilson dont vous vouliez me parler.
—Ah! bien oui, le poète Wilson, on lui en cassera à celui-là! Je veux parler de notre William Shakespeare, de ce bon et immortel William qui commença par tenir la bride des chevaux des rustres dorés qui allaient au spectacle, en attendant qu'il devînt un jour la trinité symbolique du beau: mouvement, sublimité et passion; tout, tout dans lui, exactement tout… rien dans les autres, pas même rien!»
Je crus, en entendant mon interlocuteur s'exprimer ainsi, avoir affaire à un fou. Je continuai cependant.
«Et vous teniez aussi par la bride les chevaux des équipages à la porte des spectacles, en attendant que…
—Pas tout-à-fait; c'est une allusion que j'ai voulu faire. J'avais établi un commerce de contremarques à la porte de nos premiers théâtres; et l'un de mes drames, le premier enfant de ma jeunesse, allait même être représenté, quand le spectre de fer des événemens est venu arracher la couronne de poésie qui verdoyait pour le front du jeune homme à l'âme de feu, aux ailes bleues de flamme. Ainsi vous voyez donc bien que quand je disais tout-à-l'heure que, comme le pauvre Will, j'avais commencé à faire de l'art, je ne disais qu'une chose fort juste, et que j'étais parfaitement dans le vrai du mot, si tant est qu'il y ait un vrai dans les mots.