J'entrai dans un appartement dont la porte était ouverte et que je trouvai encombré de malles, de grosses cartes marines roulées fort négligemment à côté de cinq ou six paquets de linge à blanchir. Je m'enfonçai sans plus de façon dans ce labyrinthe ou ce chaos d'effets.
Un homme d'une trentaine d'années, de moyenne taille, bien pris, bien posé sur ses robustes hanches, se faisait la barbe en chantant, et en essuyant son rasoir sur l'épaule d'un mousse qui tenait en face de lui un large miroir, avec la plus complète impassibilité.
Je demandai le capitaine Lanclume.
A ce mot, une des figures les plus belles et les plus franches que j'eusse vues de ma vie, se tourna de mon côté, à moitié barbouillée d'écume de savon.
—C'est moi, me répondit cette jolie figure. Qu'y a-t-il pour votre service?
—Capitaine, lui dis-je, j'ai l'intention de me rendre à la Martinique, et je suis venu vous trouver.
—Eh bien! j'y vais à la Martinique. Venez-y aussi avec nous, si le cœur vous en dit… Dis donc, failli mousse, si tu voulais bien te tenir un peu mieux au roulis et ne pas faire tanguer ton miroir d'un bord quand je me rase de l'autre!… tu me ferais un sensible plaisir, entends-tu!… Mais continuez, monsieur; que cela ne nous empêche pas de causer ensemble. C'est une petite leçon de manœuvre que je donnais à ce maladroit.
—Puisque vous le permettez, capitaine, je prendrai la liberté de vous demander quel serait le prix du passage?
—Cinq cents francs, c'est le taux ordinaire pour chaque personne… Eh bien donc! mousse de malheur, tu ne peux donc pas mieux veiller à ton miroir!
—J'aurais aussi quelques tonneaux de fret à vous donner dans le cas où nous nous arrangerions sur les conditions du voyage.